Périgueux, la ville qui franchit ses anciennes limites

Périgueux possède une histoire urbaine particulièrement longue. Bien avant que les plans du XIXᵉ siècle ne fixent sur le papier le dessin de ses rues, plusieurs villes s’étaient en quelque sorte succédé et juxtaposées sur ce territoire : la cité antique de Vesunna, la Cité développée autour de Saint-Front-de-la-Cité, puis le Puy-Saint-Front médiéval, établi plus à l’est autour du sanctuaire qui deviendra la cathédrale Saint-Front.


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Cette histoire explique encore aujourd’hui une particularité essentielle de Périgueux : la ville ne s’est pas constituée autour d’un seul centre. Elle résulte du rapprochement progressif de plusieurs noyaux urbains, réunis dès le Moyen Âge mais dont les formes restent perceptibles dans le paysage contemporain.

Au XIXᵉ siècle, une nouvelle étape commence. Les anciennes limites ne suffisent plus à contenir une ville qui se transforme profondément. Les remparts ont perdu leur fonction défensive, de nouveaux quartiers apparaissent, les communications se développent et l’activité économique modifie progressivement l’organisation de l’espace urbain. C’est cette période de transformation que les deux plans géoréférencés présentés sur cette carte permettent d’observer.

Une ville du XIXᵉ siècle mise en regard de celle d’aujourd’hui

Le premier document, intitulé simplement Plan de la ville de Périgueux, est une gravure en couleur publiée au XIXᵉ siècle par Domège à Périgueux et imprimée par Monrocq. Gravé à Paris par Demerssernan et dressé à l’échelle du 1/10 000, il offre une représentation générale de la ville et de son organisation.

Une fois géoréférencé et superposé à la cartographie contemporaine, ce document change de nature. Il ne s’agit plus seulement de contempler une carte ancienne : on peut confronter directement les rues, les îlots bâtis, les espaces encore libres et les grands axes avec ceux de la ville actuelle.

Le second document nous conduit précisément en 1895. Son titre est à lui seul révélateur des transformations de Périgueux : Nouveau plan de Périgueux monumental, industriel et commercial, indicateur des principaux établissements industriels et des monuments publics de Périgueux. Dessiné par Weber, gravé par Rollet, édité par Sengence à Périgueux et imprimé par Dufrenoy à Paris, il fut publié à l’occasion du voyage du Président de la République.

Ce plan ne cherche donc plus seulement à montrer où se trouve la ville. Il présente ce qu’elle est devenue et ce qu’elle souhaite montrer d’elle-même : une préfecture dotée de monuments, d’équipements, de commerces et d’activités industrielles. Entre les deux documents se dessine ainsi tout un siècle de mutations.

Lire la croissance urbaine

Au cours du XIXᵉ siècle, l’amélioration des routes puis l’arrivée du chemin de fer modifient considérablement les circulations. La ville s’étend, de nouvelles constructions apparaissent et certains espaces jusqu’alors périphériques sont progressivement intégrés au tissu urbain. Cette évolution ne fait pourtant pas disparaître la ville ancienne.

Le réseau des rues médiévales demeure particulièrement perceptible autour de Saint-Front. Les grands monuments continuent d’organiser l’espace et des tracés beaucoup plus anciens survivent au milieu des transformations modernes. À d’autres endroits, au contraire, les plans permettent de mesurer l’ampleur des changements : nouvelles voies, nouveaux quartiers, équipements et emprises bâties témoignent de l’expansion de la ville.

C’est précisément là que la superposition cartographique prend tout son intérêt. En faisant varier indépendamment la transparence des deux plans anciens, on peut passer progressivement d’un état de Périgueux à l’autre et les confronter à la ville actuelle. Une rue ancienne réapparaît sous son tracé contemporain ; un espace autrefois libre se couvre de constructions ; un chemin devient une voie urbaine ; certaines limites s’effacent tandis que d’autres traversent les siècles. La carte devient ainsi une manière de faire apparaître le temps dans l’espace.

Deux plans, deux regards sur Périgueux

Ces documents racontent également l’évolution de la manière de représenter une ville. Le premier donne à lire son organisation générale. Celui de 1895 insiste explicitement sur une ville « monumentale, industrielle et commerciale ». Ce vocabulaire est important : à la fin du XIXᵉ siècle, Périgueux ne se présente plus seulement à travers son passé et ses monuments, mais également par ses activités et sa modernité.

Les cartes deviennent ainsi elles-mêmes des documents historiques. Elles nous renseignent autant sur la géographie de Périgueux que sur le regard que les hommes du XIXᵉ siècle portaient sur leur ville.

Faites varier les couches de la carte et observez Périgueux à différentes époques. Les rues se superposent, les quartiers apparaissent, les espaces se transforment et les permanences deviennent visibles.

Derrière la ville contemporaine se révèlent alors plusieurs Périgueux successifs. La cartographie permet de comprendre comment une ville très ancienne, héritière de l’Antiquité et du Moyen Âge, a franchi ses anciennes limites pour entrer progressivement dans la ville moderne.


Sources cartographiques

🗺️ Plan de la ville de Périgueux — XIXᵉ siècle. Gravure couleur, échelle 1/10 000. Demerssernan, graveur ; Domège, éditeur à Périgueux ; imprimerie Monrocq.
Archives départementales de la Dordogne — Bibliothèque numérique du Périgord, fonds iconographiques, cartes et plans. Cote : 1 Fi 1_24322_22.

🗺️ Nouveau plan de Périgueux monumental, industriel et commercial, 1895 — indicateur des principaux établissements industriels et des monuments publics de Périgueux, publié à l’occasion du voyage du Président de la République. Weber, dessinateur ; Rollet, graveur ; Sengence, éditeur à Périgueux ; Dufrenoy, imprimeur à Paris.
Archives départementales de la Dordogne — Bibliothèque numérique du Périgord, fonds iconographiques, cartes et plans. Cote : 1 Fi 1_24322_10.