Villefranche-du-Périgord, une bastide au cœur du pays
Aux confins du Périgord et du Quercy, Villefranche-du-Périgord occupe une place particulière parmi les bastides médiévales du Sud-Ouest. Moins spectaculaire peut-être que Domme par son site ou que Monpazier par la régularité de son plan, elle offre pourtant un remarquable témoignage de cette grande période de création de villes nouvelles qui transforma profondément le territoire au XIIIᵉ siècle.
PASSER EN PLEIN ECRAN, TROISIEME BOUTON A GAUCHE
Fondée en 1261 par Alphonse de Poitiers, frère du roi Saint Louis et comte de Toulouse, Villefranche est considérée comme l’une des plus anciennes bastides du Périgord. Son nom lui-même rappelle le principe qui présida à la création de nombreuses villes nouvelles : une ville franche, dans laquelle les habitants bénéficiaient de droits et de privilèges destinés à favoriser l’installation d’une population et le développement des activités économiques.
La bastide n’est donc pas seulement une forme urbaine. Elle correspond à une nouvelle manière d’organiser les hommes, les échanges et le territoire.
À Villefranche-du-Périgord, cette organisation demeure encore parfaitement perceptible.
La ville s’articule autour de sa place centrale, véritable cœur de la bastide. Depuis le Moyen Âge, cet espace est celui des marchés, des rencontres et des échanges. Les maisons qui la bordent, avec leurs arcades ou leurs couverts, rappellent combien commerce et vie quotidienne étaient intimement liés à l’organisation de la ville.
La halle, reconstruite au XIXᵉ siècle sur l’emplacement de constructions antérieures, perpétue cette fonction commerciale. Elle rappelle également une activité profondément attachée à l’identité de Villefranche : les marchés et les productions d’un territoire agricole et forestier dont la châtaigne est devenue l’un des symboles.
Autour de la place, les rues dessinent la trame de la bastide. Elles organisent des îlots de maisons et de parcelles dont les formes conservent encore l’empreinte du plan ancien. Comme dans les autres villes nouvelles médiévales, l’espace n’est pas laissé au hasard : les voies, les propriétés et les espaces collectifs répondent à une organisation destinée à permettre à la ville de fonctionner.
Mais une bastide n’est jamais demeurée figée.
Au fil des siècles, Villefranche a connu les conséquences de la guerre de Cent Ans, des guerres de Religion, des transformations économiques et de l’évolution des modes de vie. Des maisons ont disparu, d’autres ont été reconstruites. Les parcelles ont parfois été divisées ou réunies. Les façades se sont transformées tandis que de nouveaux bâtiments prenaient place dans le tissu ancien.
L’église Notre-Dame-de-l’Assomption, reconstruite au XIXᵉ siècle, constitue elle-même un témoignage de cette évolution permanente de la ville. Sa silhouette marque aujourd’hui fortement le paysage urbain, alors qu’elle appartient à une période bien postérieure à la fondation de la bastide.
Malgré toutes ces transformations, la structure ancienne reste lisible.
C’est précisément ce que permet de découvrir la cartographie interactive présentée ici.
En superposant le cadastre ancien au fond cartographique actuel d’OpenStreetMap, il devient possible de comparer directement le Villefranche d’autrefois avec le bourg contemporain. Les rues, les îlots, les bâtiments et les limites parcellaires peuvent être observés simultanément.
En faisant varier la transparence des couches, certaines permanences apparaissent immédiatement. Une rue actuelle reprend un tracé ancien ; une limite de propriété traverse les siècles ; la forme d’un îlot demeure perceptible malgré les transformations du bâti. Ailleurs, la comparaison révèle au contraire les changements intervenus dans l’organisation de la ville.
Cette lecture cartographique permet surtout de dépasser l’image du monument isolé.
La place, la halle, les maisons à arcades, l’église et les rues appartiennent à un même organisme urbain. C’est leur disposition les unes par rapport aux autres qui permet de comprendre le fonctionnement de la bastide.
Villefranche-du-Périgord révèle ainsi une autre facette de l’histoire des bastides. Ici, la ville médiévale apparaît avant tout comme un lieu d’échanges entre un bourg et le pays qui l’entoure, un espace où se rencontrent habitants, artisans, marchands et gens de la terre.
La carte invite à retrouver cette histoire dans la forme même de la ville.
En passant du cadastre ancien à la cartographie actuelle, le visiteur découvre que, derrière les transformations accumulées au cours des siècles, le dessin médiéval continue silencieusement d’organiser une grande partie du Villefranche d’aujourd’hui.