Du cadastre ancien à la carte : retrouver le paysage agricole de 1836

Une feuille du cadastre napoléonien est bien davantage qu’un document administratif. Derrière les limites des parcelles, les numéros et les lieux-dits se dessine un paysage disparu. Encore faut-il parvenir à le faire apparaître.

C’est l’objectif de ce travail réalisé à partir d’une feuille cadastrale de Daglan datée de 1836, couvrant notamment les secteurs du Mas de Cause, de Lascaze, de la Bégonie, de la Pièce Carrée ou encore de la Combe du Rat.

Vectoriser le cadastre

La première étape consiste à géoréférencer le document ancien afin de le replacer dans l’espace géographique actuel. Le cadastre peut alors être confronté à d’autres données cartographiques, notamment aux photographies aériennes et au relief issu du LiDAR.

Commence ensuite un travail beaucoup plus long : la vectorisation manuelle des parcelles dans QGIS.

Chaque parcelle visible sur le plan de 1836 est redessinée sous la forme d’un polygone. Ce polygone n’est cependant pas une simple forme graphique : il devient un véritable objet géographique auquel peuvent être associées différentes informations issues du cadastre : numéro de parcelle, section, lieu-dit, nature du sol, superficie ou observations particulières.

Près de 700 parcelles ont ainsi été individualisées sur la zone étudiée.

Une couleur pour chaque nature de terrain

L’intérêt apparaît pleinement lorsque l’on attribue une couleur à chaque parcelle selon son utilisation en 1836.

Le code graphique permet de distinguer immédiatement les principales catégories rencontrées : terres, vignes, friches, bois, prés et parcelles dont la nature reste indéterminée.

La carte cadastrale change alors complètement d’aspect. Ce qui n’était qu’un enchevêtrement de limites devient une véritable mosaïque agraire.

Les terres cultivées apparaissent notamment comme une composante majeure du paysage. La vigne occupe elle aussi une place considérable, tandis que bois, friches et prés restent beaucoup plus minoritaires sur la zone étudiée.

Les bâtiments figurant sur le cadastre ont également été vectorisés séparément. Cette précaution permettra par la suite de restituer plus précisément les petits ensembles bâtis, notamment ceux du Mas de Cause et de Lascaze, ainsi que quelques constructions isolées.

De la carte à la mesure

La vectorisation apporte un autre avantage essentiel : QGIS peut calculer automatiquement la superficie réelle de chaque polygone.

Chaque parcelle possède ainsi une surface exprimée en mètres carrés puis convertie en hectares. Il devient alors possible de dépasser la simple observation visuelle et d’effectuer une véritable analyse quantitative du territoire.

Les parcelles peuvent être regroupées automatiquement selon leur nature et QGIS calcule pour chaque catégorie leur nombre, leur superficie cumulée, leur superficie moyenne ou médiane et surtout leur proportion dans l’ensemble étudié.

Les premiers résultats sont particulièrement parlants : les terres représentent environ 39,8 % de la superficie étudiée et les vignes 36,6 %. À elles seules, ces deux catégories occupent donc plus des trois quarts de l’espace analysé. Les friches représentent environ 11,9 %, les surfaces encore indéterminées 7,4 %, les bois 3,9 % et les prés moins de 1 %.

Vers une restitution du paysage de 1836

Cette cartographie n’est donc pas seulement une mise en couleur du cadastre. Elle constitue progressivement une base de données spatiale du paysage ancien.

En croisant le parcellaire vectorisé, la nature des cultures, les bâtiments, la topographie et les données LiDAR actuelles, il devient envisageable d’aller encore plus loin: tenter une restitution paysagère du territoire tel qu’il pouvait se présenter en 1836.

La carte cesse alors d’être seulement un document que l’on consulte. Elle devient un outil permettant de mesurer, comparer, interpréter et, finalement, redonner forme à un paysage disparu.

 
 

CARTE INTERACTIVE

RESTITUTION PAYSAGERE HYPOTHETIQUE

Restitution du paysage Daglan 1836

Pourquoi coloriser et renseigner chaque parcelle ?

La colorisation du cadastre ne répond pas seulement à un objectif esthétique. En attribuant une couleur à chaque parcelle selon sa nature — terre, vigne, friche, bois, pré ou nature indéterminée — il devient possible de lire immédiatement l’organisation du paysage agricole en 1836. Mais chaque polygone constitue également un objet géographique auquel est associée une fiche descriptive : numéro de parcelle, section, lieu-dit, nature du sol, superficie et observations éventuelles. Cette structuration transforme progressivement le plan cadastral ancien en une véritable base de données géographique. Nous pouvons alors obtenir automatiquement la surface de chaque parcelle, les regrouper selon leur nature et produire une synthèse statistique : nombre de parcelles, superficies cumulées, moyennes et pourcentages. La carte devient ainsi à la fois un outil de visualisation et un instrument d’analyse du paysage ancien, permettant de mesurer précisément la place occupée par chaque type de culture ou d’occupation du sol.

Coloriser chaque parcelle suivant sa nature

Une fiche d’identité pour chaque parcelle

Chaque parcelle vectorisée possède sa propre fiche descriptive, directement associée au polygone dessiné dans QGIS. Elle rassemble les informations nécessaires à l’identification et à l’analyse : section cadastrale, numéro de parcelle, lieu-dit, nature du terrain et observations éventuelles. Deux champs supplémentaires, Surface_m² et Surface_ha, sont calculés automatiquement par le logiciel à partir de la géométrie du polygone. Il n’est donc pas nécessaire de mesurer manuellement les superficies. Cette organisation permet de conserver le lien entre le dessin cadastral et les informations relevées sur le document de 1836. Chaque parcelle devient ainsi une donnée géographique identifiable, mesurable et interrogeable. L’ensemble des fiches constitue progressivement une base de données parcellaire, dans laquelle il devient possible de rechercher un lieu-dit, de sélectionner toutes les vignes ou toutes les terres, de calculer leurs superficies cumulées et de produire automatiquement des statistiques. La vectorisation ne consiste donc plus seulement à redessiner le cadastre : elle permet d’en extraire, structurer et analyser l’information historique.

Une fiche d’identité pour chaque parcelle