Une cartographie pour étudier le petit patrimoine
De la carte à la lecture du paysage
Localiser une cabane, un mur, une guérite ou un ancien chemin sur une carte constitue une première étape. Mais la cartographie numérique permet aujourd’hui d’aller beaucoup plus loin. Elle peut devenir un véritable outil d’étude du territoire, capable de réunir des observations de terrain, des documents anciens, le cadastre, des photographies aériennes et les nouvelles données issues du LiDAR.
La carte présentée ici est encore expérimentale. Elle constitue le premier développement d’un travail entrepris sur la commune de Daglan, en Périgord Noir, territoire que je parcours et étudie depuis de nombreuses années. Son objectif n’est pas seulement de recenser des éléments du petit patrimoine, mais de tenter de les replacer dans le paysage auquel ils appartiennent.
Des objets replacés dans leur environnement
Une cabane en pierre sèche n’est jamais totalement isolée. Elle peut se trouver à proximité d’un ancien chemin, au bord d’une parcelle, dans un ensemble de terrasses ou de murs, près d’un tas d’épierrement. Tous ces éléments témoignent de l’organisation passée du territoire et des activités humaines qui l’ont façonné.
La cartographie permet de représenter séparément ces différentes traces : cabanes, guérites, murs, chemins creux, sentiers, tas d’épierrement, points d’eau ou autres aménagements ruraux.
Chaque élément peut être associé à une fiche comportant sa localisation, son altitude, sa situation cadastrale, sa description, son état de conservation et, progressivement, des photographies, des relevés, des visites à 360° ou des modèles réalisés par photogrammétrie.
La carte n’est donc plus seulement une représentation graphique : elle devient une base documentaire géographique.
Voir ce que la végétation dissimule
L’un des apports les plus intéressants de cette recherche est l’utilisation des données LiDAR HD.
Cette technologie permet d’obtenir une représentation très précise du relief du sol. Dans les secteurs aujourd’hui boisés, elle peut faire apparaître des formes devenues difficiles, voire impossibles à distinguer sur une photographie aérienne : anciennes terrasses, chemins creux, talus, plateformes, murs ou amas de pierres.
Le LiDAR ne permet toutefois pas d’identifier automatiquement un vestige. Une forme visible dans le relief constitue d’abord un indice. Elle doit être confrontée aux autres sources et, autant que possible, vérifiée sur le terrain.
C’est précisément cette confrontation qui fait tout l’intérêt de l’outil.
Remonter le temps
La carte permet également de comparer plusieurs états du paysage.
Nous pouvons remonter dans le temps grâce aux documents conservés dans les archives. Une feuille du cadastre ancien de Daglan datant de 1836 a ainsi été géoréférencée : l’image originale a été repositionnée sur la cartographie actuelle à partir de points encore identifiables dans le paysage.
Il devient alors possible de confronter près de deux siècles d’informations : cadastre ancien, cadastre actuel, LiDAR et observations de terrain.
Un mur révélé par le LiDAR correspond-il à une ancienne limite parcellaire ? Un chemin aujourd’hui presque disparu existait-il déjà au XIXe siècle ? Une zone actuellement boisée était-elle encore cultivée au milieu du XXe siècle ?
La cartographie permet de poser ces questions directement au paysage.
Les photographies aériennes des années 1950-1965 constituent à ce titre une source particulièrement précieuse. Elles montrent un territoire souvent beaucoup plus ouvert qu’aujourd’hui et permettent parfois de retrouver des parcelles, des chemins ou des structures depuis gagnés par la végétation. Ces documents pourront progressivement être intégrés à l’étude et confrontés aux données actuelles, au cadastre ancien et au LiDAR.
Une carte interactive et évolutive
La carte ci-dessous constitue un premier test. Elle est appelée à évoluer au fur et à mesure des recherches et des prospections.
Les différents groupes de couches peuvent être ouverts ou refermés. Il est ainsi possible d’afficher ou de masquer les objets patrimoniaux, de changer de fond cartographique, de confronter le cadastre actuel au cadastre ancien ou encore d’utiliser les représentations issues du LiDAR.
Peu à peu, de nouveaux éléments viendront enrichir cette cartographie.
L’ambition n’est donc pas de produire une carte définitive, mais de construire un outil vivant d’observation et de recherche, où les traces laissées par les générations qui ont travaillé ce territoire peuvent être replacées dans leur environnement et confrontées à l’évolution du paysage.
Car derrière une cabane, un mur ou un simple tas de pierres se dessine parfois quelque chose de beaucoup plus vaste : l’histoire d’un paysage et des hommes qui l’ont façonné.
CARTE INTERACTIVE
COPIE D’ECRAN FOND LiDAR
COPIE D’ECRAN CADASTRE ANCIEN 1836
COPIE D’ECRAN CADASTRE IGN
COPIE D’ECRAN PLAN IGN